La mama de Santa Teresa
Initialement, nous devions nous réveiller vers 7h, mais au final, nous émergeons vers 8h. Comme c’est un jour férié, pas de shopping au programme, et le Centro étant vide, échaudés par l’aventure Bahianaise et ses rues désertes, nous squizzons allégrement les églises du Centro trop éloignées les unes des autres, ce qui augmente le niveau de sécurité. Pas la peine de tenter le diable ! Normalement, Vitor doit passer nous chercher à 11h30, mais à 11h20, il appelle l’hôtel pour nous dire qu’il doit annuler. Un plan B s’impose ! Va pour une visite du quartier de Santa Teresa « by ourselves » *(par nous-mêmes). Comme le "bonde" est toujours immobilisé par la grève, nous cheminons jusqu’au sommet dans une formule multi-transport : métro, pied et taxi (les quartiers sont déserts et un peu flippant, nous traversons des semi-favelas). Après avoir tenté d’aller direct en taxi à un resto du guide car il était déjà midi, nous découvrons en passant qu’il est fermé (jour férié oblige), du coup, pour quelques reals de plus, nous demandons au taxi de nous poser devant le musée Chacara do Ceu et le parc voisin, même si tous les deux sont fermés (décdemment). Pourtant le point de vue du parc sur Rio semble bien sympa, c’est bien dommage. Nous redescendons un peu bredouilles photographiquement pour trouver à manger. Le quartier est agréable néanmoins, plutôt résidentiel et paisible, maisons anciennes et routes pavées. Sur la route, deux types (que Klod trouve un peu louches alors que je les prends pour des touristes) nous abordent et nous parlent en espagnol. L’un est cubain, l’autre argentin, nous commençons à discuter et ils nous parlent d’une maison où on peut manger pour pas cher chez l’habitant, à deux pas des trucs touristiques. Nous arrivons dans une rue, légèrement à l’écart, derrière une grille, une petite cour avant d’arriver direct dans une maison où vit toute une famille, une dame pas très grande et d’un âge fort avancé (86 ans je crois) nous reçoit, elle nous invite à prendre place à 2 tables recouvertes de toile cirée, le long du couloir qui donne dans la cuisine. Les deux types sont des habitués du lieu, car ils logent dans le quartier dans un hôtel alternatif dans la favela voisine. Notre hôtesse nous demande ce que nous souhaitons manger, voyant qu’on ne comprend pas un traître mot de ce qu'elle dit, elle nous montre directement le contenu des fait-tout sur la cuisinière, c’est plus simple ! Le repas est très bon et pas cher du tout, nous prenons une photo de tout le monde dans la cuisine en souvenir. Nous devons quitter précipitemment nos nouvelles connaissances, avec une invitation à Buenos-Aires en poche !

Barbieland (Ipanema)
Retour à l’hôtel, d'où l'on ressort aussitôt pour faire un tour à la plage d’Ipanema. Avant d’y aller, je suggère d’aller faire un tour au bord du Lagoa (grand lac artificiel au nord d'Ipanema), qui est un peu loin, le tout à pied, Klod ne souhaitait pas y aller, croyant qu'on allait faire le tour du lac à pied, mais ce n'est pas ce qui était prévu. Finalement l'endroit n'était pas si mal mais rien de spécial à voir. Nous faisons route vers Ipanema. Sur la plage, les vagues sont fortes, plus impressionnantes que la veille, et nous nous contentons de faire un tour en passant par Barbie Land (l'incontournable partie gay de la plage, grosse concentration d’homos au mètre carré, on peut difficilement les rater, les rainbow flags flottant dans la brise marine). Lles types sont bodybuildés et carbonisés par le soleil, c'est un étalage de viande fraîche, plus m'as-tu-vu tu meurs et évidemment tout le monde se connaît. Nous nous posons un peu plus loin … au calme. La mer est agitée, les vagues sont grosses et les gens parfois imprudents. L’hélicoptère de la "policia militar" fait des allers-retours incessants le long de la plage, c’est spectaculaire de les voir aussi près de l’eau. Nous finissons même par voir un sauvetage en direct, au loin. Les surfers s'en donnent à cœur joie.

Retour tranquille à l’hôtel pour se préparer doucement au départ pour le Sambodrome prévu à 20h. Finalement le départ est avancé à 19h. C’est donc précipitamment et sans être douchés que l’on descend à la réception récupérer nos places et il faut bien le dire sans beaucoup d'explication, c'était pourtant pas faute d'en avoir demandées.


Ayant vécu cette expérience différemment Klod et moi, nous avons jugés intéressants de vous livrer nos deux ressentis sur cette inoubliable nuit au Sambodrome !

Le Sambodrome par Klod
Les gens se bousculent à l’accueil de l'auberge, l’organisation semble improvisée, une québécoise, une certaine Joëlle, nous entend parler français et nous aborde. Elle est dans la même chambre que nous mais nous n'avions jamais eu l'occasion de faire connaissance avec elle. Dans ce dortoir de 24, on se croise et c'est à peu près tout. Elle a déjà été au Sambodrome la veille, seule, elle nous propose de l’accompagner en y allant par nos propres moyens, bien plus tôt que l’horaire de départ du groupe, afin de pouvoir choisir les places, vu qu’on est déjà dans un bloc en fin de circuit du show, pas dans les meilleures conditions donc.
On la suit, elle se promène en paréo et tongs, avec un portefeuille secret attaché sur sa cuisse, car elle a failli se faire voler la veille par sa voisine … ça promet ! Elle nous recommande de prendre à boire, car le spectacle est long et va durer toute la nuit. On ignorait ces détails, on n’avait pas mangé, en gros on avait rien prévu (faut dire qu'on manquait cruellement d'informations, ça n'avait pourtant pas été faute d'en réclamer), nous voilà totalement désorganisés et démunis sur ce coup là.
Déjà le métro est bondé, puis sur place, c’est le waï total, la circulation est bouchée, ça klaxonne de partout, du monde, dans les ruelles défoncées, il fait déjà nuit. Le Sambodrome est assez loin de la sortie du métro, contrairement à ce qu’on nous avait annoncé. On a  du demander notre route plusieurs fois, bien qu’il y avait un flot de monde partout se dirigeant au même endroit,  mais aucune indication, ce n’était pas clair, surtout dans le noir. On finit par y arriver, le trajet fut longuet, d’autant plus qu’on était en fin de circuit des groupes au bout de la piste. On entre dans l'arène et on prend place sur le gradin, au milieu de groupes de personnes bien équipées de glacières, pliants, coussins pour les fesses, etc. Evidemment, nous n’avions rien de tout ça, heureusement que Joëlle avait ramené quelques trucs à grignoter et qu’elle les a partagé avec nous. L'attente est encore longue avant le début du spectacle, les gradins se remplissent au fur et à mesure, c’est impressionnant de voir autant de monde. Les supporters distribuent des drapeaux aux couleurs des différents groupes comme Mangueira, et voilà que commence la compétition entre supporters de nos gradins avec ceux d’en face, c’est amusant, la foule s’excite, des serpentins et autres volent de partout, une femme entonne déjà les hymnes des groupes, vu qu’ils distribuent un carnet de chants à l’entrée. Puis, enfin, ils annoncent le début, avec le groupe de samba qu’on voit se préparer et avancer sur un écran géant. On est placés en bout de circuit, du coup, les groupes, quand ils arrivent à notre niveau, sont sur le point de sortir de la piste. On doit patienter au moins 30 minutes entre le début (au point de départ) et le moment où l’on voit arriver les premiers danseurs à notre niveau, tout ça, avec le son à fond de leur hymne mis en boucle pendant 45 minutes. Le premier groupe passe, mais on est vite saoulés par LA chanson qu’on finit par connaître par cœur, 11 fois le même titre, c'est pénible à force surtout quand le titre est pas terrible, même en ne parlant pas portugais. En fait, on ne voit pas grand chose du haut des gradins. En plus, vu que tout le monde est debout, ou presque, il faut se lever pour apercevoir quelque chose. Les groupes sont chronométrés, sur la fin, c’est la course pour finir dans les temps, c’est fun, mais résultat, on a moins de spectacle à cause de ce sprint en costumes. Une fois sortis de piste, c’est fini pour le groupe, une équipe s’occupe de démanteler les chars, et les évacuer tandis que les danseurs et musiciens sortent du champ, en se déshabillant presque en chemin, c’est fou autant de dépenses, d’efforts et d’énergie pour juste un passage de 45 minutes. Au bout du 3ème groupe (NDPalo : dès le 2ème j'avais du mal), on commence à fatiguer sérieusement, surtout par le côté répétitif de la musique, et puis la nuit est fraîche, on a froid avec le peu de vêtements que l'on porte. Le spectacle est grandiose, même si on n’apprécie pas tout, vu notre éloignement et nos places à 2 balles. Nous devons nous contenter de deviner les détails des costumes, les chorégraphies sont parfaites, les danseuses bien motivées, les musiciens aussi (il y a plusieurs reines dans chaque groupe, dont les reines de batteries, qui ont l’air d’être connues et appréciées par le public), les paillettes, les filles à moitié nues, les déguisements colorées…
J'ai bien aimé le groupe Mangueira qui présentait la conquête de l’Amérique avec les amérindiens, les bateaux, et tout le reste, ainsi que Tijuca, qui remporta le concours cette année, avec le thème de la Musique bien présenté, notamment par un ancien tourne-disque géant (à plusieurs facettes, changeant de couleurs, et de type de musique, tout ça porté à mains d’hommes), et avec un char de danseurs sur une scène, qui changent plusieurs fois de style de musique)…. Mais des fois, il n'était pas si évident de comprendre le thème des chars, comme ceux au style un peu extra-terrestres avec des fleurs, etc.
La nuit avance et on a faim, soif, et une grosse envie de dormir, certaines personnes dorment à même le sol, mais on tient bon quand même, pour en profiter au maximum, car c’est de loin le mieux qu’on peut voir en carnaval à Rio, et le seul soir où on pourra en profiter.
Au petit matin, lors du passage du dernier groupe s’apprête à défiler (il fait déjà jour, l’effet n’est plus le même), soudain il se met à pleuvoir des cordes, tout le monde ou presque s'arrache. On décide de faire de même, on ne verra donc pas le défilé du groupe Portela.
On n’a qu’un parapluie pour deux, Joëlle s’en fiche de se mouiller, elle est trempée, et Palo décide de faire de même car il faut slalomer pour éviter les flaques d’eau, les voitures, ou même les gens. Sur le chemin de retour vers le métro, des déguisements traînent de partout par terre, quel gâchis. J’ai envie d’en récupérer, mais ils sont pour la plupart déjà sales, ou trop volumineux, je prendrai juste un bout de tissu en souvenir. On est mouillés, usés et lessivés c'est le cas de le dire lorsqu’on arrive au métro. Métro climatisé dans lequel on grelotte car trempés jusqu'aux os. Le temps de rentrer, on passe se doucher et ensuite dormir un peu, bien qu’il fasse déjà jour.

La même nuit par Palo

Klod ayant parfaitement décrit cette nuit passée au Sambodrome je ne vais pas revenir sur le détail, et ce pour une raison bien simple, si la première heure fut intéressante car on pouvait observer les brésiliens dans ce contexte carnavalesque de liesse qui leur est si chère, je dois avouer que je me suis rarement autant ennuyée par la suite. La répétition de l'hymne de chaque groupe y était pour beaucoup et surtout le spectacle en lui-même. Evidemment, on ne peut qu'admirer et louer le travail fourni, la mise en place, la ferveur des milliers de danseurs et musiciens des groupes, c'est énorme, mais de nos places, on appréciait pas vraiment tout cela enfin si par écran géant interposé. Il faut tout de même précisé que ces défilés doivent répondre à pas mal de critères imposés. La durée du défilé, qui nous a valu de voir quelques jolis sprint finaux, c'était le plus drôle, de certains groupes sous les encouragements de la foule … suspense garanti ! La composition des formations, avec le nombre de chars, très nombreux, trop long, et parfois c'était n'importe quoi comme avec les extra-terrestres… les reines de batterie. Au final, j'ai eu la vague impression de toujours voir la même chose. Où étaient l'exubérance du carnaval, la spontanéité, la liesse populaire, la folie ? Le carnaval a toujours été pour moi un déferlement de tout, c'est l'excès par excellence, le moment où on peut se lâcher. Et là, c'était un concours, une compétition de samba mais l'âme n'y était pas, en tout cas je ne l'ai pas du tout ressentie … Nous avons fait, je pense, un mauvais choix en assistant au carnaval de Rio. Pour des raisons organisationnelles nous n'avions pas trop eu le choix, au début nous voulions assister à la fois au carnaval de Rio et à celui de Salvador réputé pour être moins commercial justement. Mais cela n'a pas pu se faire à cause de la réservation d'hôtel. Bref, pour moi sur le coup cette nuit au Sambodrome a été une déception d'autant que nous n'étions pas du tout préparé et physiquement ça a été dur, froid toute la nuit, sans manger vraiment. Avec du recul, je ne regrette pas totalement de l'avoir fait car j'ai pu voir, au début en tout cas, un peu de la liesse que je m'attendais à voir partout durant cette période carnavalesque dans les rues de Rio, mais cela fut trop court. J'avais peut-être aussi trop d'attente et de plus je connaissais déjà le carnaval aux Antilles qui me semble plus authentique en comparaison, si comparaison il devait y avoir.

Palo
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