Sur les hauteurs de Salvador
Autant dire que le réveil mis pour 7h n’a servi à rien, vu que le soleil se lève à 5h et que les fenêtres sans volets restent grandes ouvertes. Il faut noter qu’en pleine nuit il y a eu des défilés de groupes, inutile de dire qu’on était aux premières loges pour tout entendre. C’est donc bercée par la brise du ventilo que j’émerge dans le dortoir (à 3 niveaux de lits) de l’Albergue das Laranjeiras (12 lits et une simple porte coulissante nous isole du couloir), Klod est à l’étage au dessus, dortoirs non mixtes oblige.
Au programme de la matinée, visite d’églises. Le soleil cogne fort alors que l’on arpente la rue qui prolonge la place Pelourinho. Au sommet, une église sympa assez déserte (Do Carmo). Avant la visite, on mange dans un delicatessen, le Deli do Carmo (1$R le kilo de nourriture, 2 plat au choix). Les jus maison proposés sont savoureux, sans sucre, à base de fruits mixés puis coupés avec de l’eau. La vue sur la ville basse est pas mal non plus. Le lieu est calme, presque familial. On aperçoit le port autonome baigné par le soleil. A côté de nous, deux françaises, de Haute-Savoie engagent la conversation. On apprend qu'elles parcourent l’Amérique du Sud (jusqu’en juillet). On sirote notre jus, et on repart pour la visite de l’église. Une fois faite, on quitte les hauteurs et on descend s’aventurer dans la rue San Joachim, en semaine normalement animée avec plein de magasins, mais le dimanche, plutôt très déserte. Seuls les usagers des bus attendent sur le trottoir. On apprécie le calme (qui rappelle Pointe-à-Pitre le dimanche) et le fait de ne pas être harcelés par les vendeurs de rue. On parcourt la longue artère en quête de la caserne de pompiers, recommandée par le guide. Arrivés sur une place, on découvre la dite caserne aux allures de château de carton-pâte rouge pétant et argenté. Bien que le coin ne soit pas très fréquenté par les touristes, on se décide à prendre une photo. Fatale erreur !! Un groupe de jeunes traîne sur la place et je vois qu’ils nous observent sans y prêter plus d’attention.
Et là…
Klod m’indique alors d’aller vers la ladeira da Palma, une rue qui monte vers une place où se dresse une église toujours conseillé par le guide… maudit guide. Par hasard, on discute de la sécurité et je lui fait remarquer justement qu'il tient son guide à la main et que ce n'est pas très discret. C’est alors qu’on entend des pas de course dans notre direction. Je m’en rends compte mais ne me retourne pas spécialement, tout se passe très vite. Je suis un peu en arrière de Klod, un des jeunes passe devant moi, les 4 autres de l’autre côté. Je sens alors que l’on tire violemment sur mon sac plastique (vous vous rappelez la technique du sac plastique pour tromper l'ennemi). Je résiste mais pas le sac qui est déjà dans d’autres mains. J’essaye bien de l’agripper mais le voleur en plein élan et mieux chaussé que moi (j'étais en tongs et lui en basket) part avec son butin… il est trop tard.
Mais c'est pas fini…
Klod qui s’était mis sur le côté de la rue, ayant suspecté quelque chose n’a pas été victime du vol, bien qu’ils aient aussi tenté de lui arracher son sac et de lui enlever ses chaussures Nike en toile, la majorité des jeunes étaient sur moi. Abasourdis de ce qui vient de se passer, on se dirige vers un groupe de personnes du coin qui ont tout vu (ils doivent être habitués à de telles scènes). On tente de s'expliquer, de recueillir leur témoignage. On ne sait que faire. Je comprend que mes affaires sont loin et définitivement perdues. C’est alors que surgissent en trombe sur la place 2 voitures de police, comme par hasard… Je cours vers elles en expliquant (en anglais) qu’on venait de me voler mes affaires, ils nous disent de monter dans une des voitures. Et c’est parti pour un tour du quartier malfamé sur les chapeaux de roue. Evidemment, on ne trouve personne, les rues sont tortueuses et totalement désertes, le contenu de mon sac doit déjà être en vente au marché noir. Par la suite, on tente d’expliquer ce qui s’est passé, enfin ce qu’on a vu, à savoir pas grand-chose. On nous annonce que 2 individus ont été arrêtés par la police. Déposés dans une sorte de commissariat de police touristique (à 2 pas de l’auberge), commence alors la déposition. Je tente de m'expliquer en anglais mais personne ne comprend cette langue. Pas simple, du coup, c’est Klod qui explique en espagnol ce qui s'est passé. Dans l’entrefaite, les autres policiers arrivent avec les 2 suspects. Ils sont amenés devant nous, nous dévisagent (sympa et rassurant). J’en reconnais un qui était sur les lieux du vol, que j’avais aussi repéré un peu avant le vol dans la rue, pour le second, je doute. Mais pour expliquer ça en portugais, bonjour. Au final, et dans le feu de l’action, je ne sais pas exactement ce qui est compris. Ils sont emmenés tous deux dans une autre pièce, nous ne les reverrons plus. Nous reprenons donc péniblement la déposition, on me passe même un autre policier au téléphone, sensé parler anglais, que j’ai bien du mal à comprendre (heureusement qu’on était à la police touristique soit dit en passant !). Cependant, le message semble passer. Alors, je commence à décrire le contenu de feu mon sac plastique : un appareil photo, un enregistreur numérique, des tennis noires Nike japonaises, mon bob japonais, mes lunettes de vue, une trousse, un tube de crème solaire, et la clef de mon casier à l’hôtel. Certes j'avais un peu trop de choses dans ce malheureux sac plastique. Ensuite on poireaute pas mal, le temps de taper la déposition, de l’imprimer, de la relire en portugais et finalement de la signer. Reste encore l’histoire du casier à régler. Un policier en civil bien sympa nous accompagne jusqu’à l’auberge pour expliquer le problème. Visiblement les soucis de cadenas sont monnaie courante, car la fille de la réception sort de sous le bureau une grosse pince pour casser le cadenas et un nouveau cadenas de rechange gracieusement offert par l’auberge. Ce petit tracas était donc résolu, moindre consolation. Alors que jusque là, j’étais dans la surprise, dans le feu de l’action, c’est une fois seule sur mon lit pour une petite pause que je pris conscience de ce qui s’était passé, de la perte de ces objets, même matériels qui m’étaient chers, chaussures et bob souvenirs du Japon, sans parler de l'appareil photo... En un mot, enfin trois : J'ETAIS DEGOUTEE. On avait mis toutes les chances de notre côté pour que ça n’arrive pas, et voilà le résultat, avec il faut le reconnaître une succession d'erreurs de notre part et une dose de malchance. Avec un moral dans les chaussettes, j’appelle ma mère pour les histoires d’assurance (on verra à mon retour me dit-elle pas du tout affolée vu que je n'avais pas été blessée, son calme me réconforte même si je n'étais pas particulièrement choquée mais juste très dépitée). Pour se remonter le moral, encore sous le choc, on va manger une petite glace sur la place …en face du commissariat. Elles sont délicieuses, par hasard, le glacier est français (Laporte), le soir on dîne dans une pizzeria, une pizza pour deux, c’est bien suffisant. Le cœur n’est guère à la fête du coup, on rentre à l’hôtel assez tôt.
Palo
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